top of page

Intégrer la photogrammétrie dans un appel d’offre : mode d’emploi

  • Photo du rédacteur: auverdrones
    auverdrones
  • 27 avr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

photogrammétrie dans un appel d'offre

Conseils pour les entreprises et collectivités souhaitant structurer leurs besoins


Introduction : la photogrammétrie, un enjeu stratégique dans la commande publique et privée


Depuis dix ans, la photogrammétrie a bouleversé les pratiques de la topographie, de l’inspection technique, du suivi de chantiers et de la modélisation 3D. Jadis réservée aux grands groupes et aux services de géomatique spécialisés, elle s’est imposée dans le paysage professionnel grâce à l’essor des drones, à la démocratisation des capteurs haute résolution et à la montée en puissance des logiciels de reconstruction numérique.


L’usage de la photogrammétrie dans les marchés publics et les consultations privées s’est alors multiplié : collectivités locales cherchant à documenter leur patrimoine, entreprises souhaitant sécuriser des installations, gestionnaires d’infrastructures planifiant des travaux, bureaux d’études produisant des diagnostics, aménageurs développant des projets urbains... Tous ont désormais recours à des données 2D ou 3D issues de prises de vue aériennes.


Pourtant, malgré cette popularisation, une difficulté demeure : la rédaction d’un appel d’offre intégrant de la photogrammétrie est souvent imprécise, incomplète ou trop technique, ce qui fragilise la qualité des réponses et complexifie la comparaison des propositions.Les conséquences peuvent être lourdes : livrables inutilisables, données inexploitables, problèmes réglementaires, perte de temps, litiges contractuels.


Il ne suffit pas de demander “une modélisation 3D” ou “un relevé photogrammétrique” pour s’assurer d’un résultat fiable. La photogrammétrie est une méthode extrêmement efficace, mais elle exige un cadrage précis : objectifs, contraintes, formats, précision, réglementation drone, contexte opérationnel, exploitation post-traitement…

L’enjeu n’est pas seulement technique. Il est stratégique.Bien intégrée dans un appel d’offre, la photogrammétrie devient un outil d’aide à la décision, un moyen de réduire les coûts, d’améliorer la sécurité, de documenter le patrimoine ou de rationaliser des projets de construction. Mal formulée, elle peut au contraire entraîner des retards, des erreurs ou des pertes financières.


Cet article propose un mode d’emploi complet, destiné aux responsables de marchés publics, aux entreprises, aux ingénieurs, aux urbanistes, aux gestionnaires d’infrastructures et à tous les donneurs d’ordre souhaitant rédiger une consultation solide intégrant la photogrammétrie.Il vise à éclairer, structurer et sécuriser la démarche, afin que la technologie serve efficacement le projet et non l’inverse.


1. Comprendre la photogrammétrie pour mieux la spécifier


1.1. Photogrammétrie : un outil, pas un objectif

Le premier écueil dans les appels d’offres est de confondre la méthode et le résultat.La photogrammétrie n’est jamais la finalité : c’est une technique permettant d’obtenir une information exploitable.

Les objectifs réels peuvent être :

  • cartographier une zone

  • mesurer des volumes

  • contrôler des façades

  • inspecter une toiture

  • reconstituer un terrain

  • modéliser un bâtiment

  • produire une orthophoto géoréférencée

  • intégrer des données dans un SIG ou un BIM.


Chaque finalité impose une approche photogrammétrique différente : résolution, angle de prise de vue, précision, densité de points, structure des livrables, gestion des ombres, présence ou non de points au sol (GCP)...


1.2. Des capacités considérables… mais pas illimitées

La photogrammétrie apporte une précision remarquable et une richesse d’informations exceptionnelle, mais elle possède aussi ses limites.

Un appel d’offre doit donc intégrer une compréhension réaliste des contraintes :

  • surfaces réfléchissantes difficiles à restituer

  • végétation dense compliquant la reconstruction du sol

  • façades vitrées moins adaptées à la corrélation d’images

  • zones urbaines réglementées exigeant des autorisations particulières

  • environnements industriels soumis à restrictions.


Cette compréhension aide à formuler un besoin réalisable, clair et juridiquement sécurisé.


2. Appréhender le site, le contexte et les contraintes opérationnelles

L’analyse du site est une étape cruciale. Un cahier des charges efficace décrit précisément :

  • la localisation

  • l’étendue du périmètre

  • les obstacles éventuels (lignes électriques, arbres, antennes)

  • l’accessibilité pour le personnel au sol

  • la densité de population ou la proximité d’habitations

  • la nature du sol ou de l’environnement

  • la présence éventuelle de zones réglementées


Une telle description permet à l’opérateur :

  • de planifier correctement les vols

  • d’estimer la durée d’intervention

  • d’anticiper les autorisations nécessaires

  • d’assurer la sécurité réglementaire

  • de déterminer le matériel adapté


Sans cela, les candidats élaborent des offres imprécises ou basées sur des hypothèses inexactes.


3. Définir les objectifs avec clarté : le cœur de l’appel d’offre

La rédaction d’un appel d’offre réussi repose sur trois questions fondamentales :


3.1. À quoi serviront les données ?

L’usage dicte la totalité de la prestation.

Par exemple :

  • un maître d’œuvre pourra exiger un modèle destiné au calcul

  • un urbaniste attendra un rendu précis des volumes et des ombres

  • un topographe privilégiera la précision absolue

  • un service technique municipal voudra une orthophoto exploitable dans son SIG.


3.2. Quel niveau de précision est nécessaire ?

Une erreur fréquente consiste à exiger une précision ultra-fine alors que l’usage final ne le nécessite pas.Un relevé routier destiné à un diagnostic visuel n’exige pas la même précision qu’une modélisation destinée à un calcul structurel.


Un cahier des charges doit déterminer :

  • la précision centimétrique ou millimétrique

  • la précision absolue / relative

  • les tolérances acceptables


3.3. Quels formats et structures de données doit-on livrer ?

Un appel d’offre complet doit spécifier les formats compatibles :

  • LAS/LAZ pour les nuages de points

  • OBJ/PLY pour les modèles 3D

  • GeoTIFF pour les orthophotos

  • DXF, SHP, IFC selon les usages

La stabilité du marché en dépend.


4. Intégrer les obligations réglementaires liées au drone

C’est un point souvent ignoré, mais pourtant essentiel : un appel d’offre doit intégrer les normes aériennes et les obligations légales.


4.1. Les obligations minimales à exiger du prestataire

  • être déclaré comme exploitant UAS

  • disposer de pilotes formés et compétents

  • utiliser des drones conformes

  • respecter les scénarios autorisés

  • produire un plan de mission

  • réaliser une analyse de risques


Ignorer ces points expose le donneur d’ordre à des risques juridiques importants.


4.2. Les zones réglementées

Un site proche d’un aéroport ou dans une zone militaire peut nécessiter des démarches administratives pouvant prendre plusieurs jours.

Le cahier des charges doit le mentionner explicitement.


5. Construire un dossier technique structuré : attentes et bonnes pratiques

Lorsqu’un prestataire répond à un appel d’offre, son dossier technique doit permettre au donneur d’ordre d’évaluer objectivement la qualité et la pertinence de l’offre.


5.1. Les éléments qu’un appel d’offre doit exiger

  • une description complète de la méthodologie

  • un plan de vol indicatif

  • la liste des équipements utilisés

  • les capacités du drone (résolution, stabilisation, RTK/PPK)

  • les méthodes de géoréférencement

  • les outils de traitement

  • les contrôles qualité prévus


L’objectif est de pouvoir comparer les offres sur des critères tangibles, pas sur des promesses.


6. Les erreurs habituelles à éviter

Erreur 1 : un besoin trop vague

Demander “une modélisation 3D” sans préciser l’usage réel conduit à des prestations hétérogènes.

Erreur 2 : une sur-spécification technique

Imposer des paramètres rigides peut exclure des prestataires compétents et limiter l’innovation.

Erreur 3 : ignorer la réglementation aérienne

Cela peut rendre la mission impossible ou illégale.

Erreur 4 : ne pas définir les formats de livrables

Une absence de précision conduit souvent à des livrables inutilisables.


7. Une méthodologie simple pour rédiger un appel d’offre photogrammétrique

Étape 1 : décrire le site, les contraintes et l’environnement

Étape 2 : formuler l’objectif opérationnel

Étape 3 : préciser les usages précis des données

Étape 4 : indiquer les exigences de précision

Étape 5 : déterminer les formats de livrables

Étape 6 : encadrer les aspects réglementaires

Étape 7 : structurer un protocole de contrôle et d’acceptation des données

Cette méthode garantit la cohérence des propositions et la qualité des résultats.


Conclusion : faire de la photogrammétrie un outil au service du projet

Intégrer la photogrammétrie dans un appel d’offre ne se limite pas à exiger des images aériennes ou un modèle 3D. C’est un processus exigeant, qui repose sur une compréhension précise des enjeux, des usages et des contraintes opérationnelles.


Une rédaction claire, structurée et cohérente permet :

  • d’obtenir des données parfaitement adaptées aux besoins

  • de comparer objectivement les offres

  • de sécuriser juridiquement la démarche

  • d’optimiser les délais et les budgets

  • d’assurer une exploitation fluide des livrables.


La photogrammétrie apporte une richesse exceptionnelle, mais elle ne révèle tout son potentiel que lorsqu’elle est intelligemment intégrée à la commande.


Pour les entreprises comme pour les collectivités, bien rédiger son appel d’offre n’est pas seulement une obligation administrative : c’est la clé d’un projet réussi, sécurisé, durable et solidement documenté.

Commentaires


bottom of page